Un commencement tout simple pour jouer et prier

Que proposer aux enfants de coeur de sa paroisse pour qu’ils approfondissent leur amitié et leur foi ? Telle est la question que se pose en 2012 la responsable des enfants de coeur avec le séminariste de la paroisse. Ils ont l’idée d’un camp pour ces jeunes, l’été, pour vivre la fraternité, la joie de se retrouver, jouer, prier, rencontrer un prêtre. Le lieu du mont des Cats avec la maison du secours Catholique est un endroit idéal pour accueillir la vingtaine de jeunes à moindre coût et tout près du monastère des cisterciens.

Nourris de la longue histoire de l’église qui propose des camps et autres séjours pour les jeunes, Christophe et Apolline s’engagent dans ce camp avec surtout de la bonne humeur et des idées pleins la tête. Le prêtre qui passera lors de ce camp est un jeune prêtre du diocèse qui vient d’être ordonné. Les prémisses d’une joyeuse équipe sont lancés.

Apolline avec son amour des jeunes, et Christophe avec son sens pratique, motivent les enfants de coeurs et quelques enfants des familles de la paroisse de Lambersart pour passer quelques jours ensemble. Que faire ? Mauvaise question. Christophe et Apolline savent bien que les jeunes savent mieux qu’eux ce qu’ils ont envie de faire. Jouer ! C’est évident, mais c’est tellement important ! Alors la première chose sera de jouer !!

Jouer, s’amuser, et rigoler pendant le camp

Un camp catholique est un camp où l’on s’amuse

Jean Bosco est un saint italien de la moitié du XIXe siècle et qui a créé les patronages à Turin. Il accueillait les jeunes avec un grand principe : s’adapter autant que possible à leurs goûts en aimant ce qu’ils aiment. 

Or le jeune aime spontanément la liberté, le jeu, le divertissement, ses amis… Ils aiment surtout chanter, crier, courir, sauter, faire du tapage. Bref on ne peut imaginer vivre un bon camp sans qu’ils puissent s’amuser, plaisanter ou encore se divertir. 

Demandez ce que le jeune retient du camp qu’il vient de vivre. La première chose qu’il retiendra est la suivante : “je me suis bien amusé” ; “j’étais avec mes amis” ; “je me suis fait de nouveaux amis” ; “j’ai bien joué” ; etc. 

Les camps se déroulant pendant les vacances, il faut que ces camps soient de vraies vacances pour ces jeunes. Sans quoi, ils garderont une image peu agréable de leur séjour. Et des vacances sans jeux ou sans rires, sans les amis, est-ce de vraies vacances ?

Non seulement il faut pouvoir proposer aux jeunes accueillis des jeux et de la rigolade, mais il faut encore que les animateurs eux-mêmes s’amusent et rient avec les enfants. La pédagogie réclame que les animateurs soient les premiers, lors du camp, à prendre plaisir à rire et jouer. 

Un prêtre témoignait un jour auprès des jeunes prêtres de son diocèse. On ne peut plus s’occuper des jeunes si l’on ne s’amuse plus avec eux. Il nous faut rester des enfants pour nous occuper des jeunes. C’est d’ailleurs ce qui caractérise les animateurs de jeunes. Ils savent sans cesse s’amuser de jeux qu’ils ont déjà pratiqué des dizaines, voir des centaines de fois. 

Nous cherchons souvent à rester jeunes. Est-ce que nous savons jouer ? Les grands parents d’ailleurs reprennent un coup de jeunes lorsqu’ils s’amusent avec leurs petits enfants. S’il nous faut être responsables de ces jeunes, il nous faut surtout savoir être amusé, amusant, batifoler, rire avec eux. Il est indispensable de savoir perdre notre temps dans ces activités, tout simplement pour gagner leur amitié. 

La naissance d’une relation à travers les activités

Une relation peut alors naître parce que le jeune sent qu’il peut alors parler de tout ce qui le concerne puisque la chose la plus importante pour lui est partagée : le jeu et le rire. En réalité c’est une exigence de l’Evangile :

“Je vous le dis, en vérité, si vous ne changez et ne devenez comme les enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. Celui donc qui se fera humble comme ce petit enfant est le plus grand dans le royaume des cieux”. (Matthieu 18, 3-4)

Le jeu et la joie qui s’en dégage est un apprentissage du Royaume de Dieu. Car en fait nous avons tôt fait de devenir sérieux ou trop responsable pour pouvoir nous amuser librement. Pour l’enfant c’est l’apprentissage de règle et d’une certaine liberté d’esprit. Pour l’adulte c’est redécouvrir le sens profond de la vie. Nous sommes faits pour la joie. 

Catéchisme, prière et Evangile

Si nous sommes faits pour la joie nous sommes aussi fait pour aimer notre Créateur et Sauveur. La question se posait de cette manière pour les animateurs : comment la prière peut elle faire vraiment partie de la vie quotidienne sans être factice ou un peu lourde. 

“La prière est la respiration de l’âme”

Oui mais parfois le jeune étouffe un peu car il ne sait pas comment s’adresser à Dieu, il ne sait pas si ses mots sont bons, s’il “fait bien”. 

La prière est parfois le parent pauvre de nos séances de caté ou de la messe car la prière est avant tout une relation intime, un coeur à coeur qui se découvre et se dévoile au fur et à mesure que nous entretenons cette relation. 

Pas si simple de montrer à des jeunes débordant d’activité la force et la profondeur de se poser devant Dieu pas simplement quelques secondes pour réciter un Notre Père ou un Je Vous Salue Marie. Apprendre à regarder, à aimer Dieu qui est là, dans le secret des coeurs. 

Des camps adaptés à tout le monde

Evidemment à chaque tranche d’âge les expériences et les pédagogies seront différentes. Pour un enfant de 8 à 12 ans la relation se noue plus facilement que pour les collégiens qui ont besoin de (beaucoup) bouger. Les lycéens sont de nouveaux capables d’entendre un discours sur la prière. Les persévérants, étudiants ou adultes, sont plutôt avides de comprendre ce qu’ils vivent ou de se dégager d’une manière de prier enfantine.

Lors des camps, la prière est centrale et en même temps discrète pour qu’elle soit plus suscité qu’obligatoire. Entre des enfants qui ont beaucoup reçu et d’autre qui découvrent, entre des super-actifs et des contemplatifs, les besoins et les efforts ne seront pas les mêmes. 

La prière est un cheminement personnel qui a besoin de balises et de fondations pour pouvoir s’épanouir. Prière du matin et du soir, eucharistie structurent la journée du camp, et en même temps au milieu du campement : la chapelle. Lieu de l’intimité avec Dieu, d’un coeur à coeur qui peut se déployer et se développer. 

Ainsi s’accomplit la définition de Thérèse d’Avila qui parle de la prière comme

“un échange intime d’amitié (…) avec ce Dieu dont on se sait aimé”

L’objectif est atteint quand nous voyons les jeunes prendre des temps personnels de prière tout en se réjouissant des temps en commun. C’est d’ailleurs eux qui préparent les prières du matin et du soir. Ils apprennent ainsi que c’est eux qui construisent leur prière selon leur goûts et leurs aspirations. Les jeunes se découvrent une liberté dans le choix des chants, des intentions, des gestes pour que la prière soit belle et qu’elle soit la leur. 

L’Evangile en action

En quoi l’Evangile me concerne s’il n’atteint pas ma vie, s’il ne transforme pas ma vie ? Pourquoi l’Evangile n’est pas une somme de valeurs qui se rencontrent dans un philosophie ou dans des précepts moraux ? L’athéisme voudrait réduire l’Evangile à une somme de valeur accessible à tous. On peut résumer ce questionnement en une question qui est souvent renvoyé au catholiques :  Les catholiques sont-ils meilleurs que les autres ? 

Nous ne savons pas si nous sommes meilleurs ou non, peu importe !! Souvent celui qui pose cette question est d’ailleurs en train de s’estimer meilleurs que les catholiques. Cette question est dangereuse. Par contre, oui nous en avons fait l’expérience individuellement, l’Evangile nous rend meilleurs. Si ce n’est pas le cas, c’est que nous nous sommes trompés. 

Cette rencontre du Christ, de cet amour qui se donne jusqu’à mourir sur la Croix nous transforme et nous donne une vie que nous ne pouvions pas nous donner à nous-même. 

Etre catholique est avant tout une rencontre intime de Jésus, comme notre Sauveur. Ce n’est pas une somme de dogme ou de précepte à retenir ou à pratiquer. C’est une rencontre joyeuse d’un Dieu qui nous donne sa Vie et qui nous la partage. 

L’eucharistie a été dès le début un point fort de ces camps. Il n’y a pas un seul jour depuis le début des camps où elle n’a pas été proposée. Elle est souvent facultative, parfois obligatoire, mais elle est centrale. Nous savons que pour certains jeunes, aller à la messe tous les jours alors qu’ils n’ont pas du tout l’habitude d’y aller, peut les dégoûter. Mais cependant nous insistons pour que ce temps de la messe reste central. 

Avec des chants joyeux, des homélies adaptées, des temps de silence introduits, il est fort de voir les jeunes se recueillir comme peut être jamais leurs parents n’ont pu les connaître.

La pédagogie des camps de détente et prière

 La pédagogie des camps cherche à rendre meilleurs les jeunes. Non de leur propre fait, mais en nous mettant, ensemble, à l’écoute de la Parole de Dieu. 

Le théâtre chez les jeunes entre 8 et 12 ans est l’aspect principal. L’Evangile entre par les gestes et les paroles. Quand nous apprenons quelque chose par coeur, nous savons bien que l’impact n’est pas le même qu’un simple discours que l’on entend. 

C’est pour cela que les enfants  jouent, chantent et regardent l’Evangile ou la Bible en action par un pièce de Théâtre. Et ils s’en souviennent de longs mois après l’avoir joué. Jules Renard disait : 

“Nous voulons de la vie au théâtre, et du théâtre dans la vie.”

Le but est que les jeunes puissent s’exprimer ! et que leur vie en soit transformée ! 

On se souvient que le recouvrement du théâtre au Moyen-Age était la mise en forme de l’Evangile par les moines désireux de faire entendre d’une manière nouvelle ou renouvelée cette Parole de Dieu vivante et transformante. Le corps est la forme de l’âme disait Aristote. 

Si nous bougeons notre corps alors nous informons notre âme pourrait-on continuer. On dit souvent qu’il y a les auditifs et les visuels. N’oublions pas les kinesthésiques ! Ceux qui apprennent et retiennent par les gestes. Le théâtre est la combinaisons des 3 ! On lit la pièce pour la jouer et on la regarde et on l’écoute : tout y est. Tous les enfants peuvent s’y retrouver et apprendre ainsi l’Evangile sans s’en rendre compte, et si possible en s’amusant, en jouant, en rigolant. 

Aimer l’Eglise catholique

Une foi solide depuis des millénaires

L’Eglise catholique parfois passée de mode, a pourtant une force et une profondeur tout à elle. L’Eglise tient depuis 2000 ans au gré des changements politique et changements d’époque. Si nous insistons souvent dans les médias sur ses lourdeurs, nous n’avons pas finis de nous émerveiller de la sainteté et de l’écrin précieux qu’elle porte humblement. 

Une confiance est probablement à réacquérir suite à la crise de la pédophilie. Mme Vandenberghe accompagne ainsi les animateurs pour les sensibiliser à des indices ou des points d’alertes qui pourraient être signalés ou tout simplement repris avec les jeunes. La conscience que doivent avoir tous les éducateurs quand ils sont en présence des jeunes est très importante. Il s’agit de se battre tous ensemble contre ce fléau qui touche toutes les couches de la société pour que l’enfant soit protégé et aimé correctement. 

Lors de ces camps, les jeunes peuvent découvrir des prêtres simples et joyeux de vivre un temps de vacances avec eux. Evidemment lors des temps de prières mais aussi lors des temps de jeux.. Mais si les prêtres eux-mêmes souffrent de cette crise de confiance suite aux affaires de pédophilie, ils veulent par le don de leur vie et de leur ministère, rétablir simplement la confiance, en gardant la conscience d’un travail profond à accomplir suite à cette crise. 

Le prêtre n’est pas un super héro qui a une super foi catholique et un super agenda. C’est un homme que l’on veut accessible et heureux de s’amuser avec les jeunes et leurs animateurs pour annoncer le message de l’Evangile. 

Une Eglise accueillante

L’Eglise catholique c’est comme son nom l’indique, l’Eglise universelle. La joie d’accueillir et de vivre sa foi avec des personnes de tous horizons et de toutes conditions. Notre camp est d’autant mieux réussi qu’il y a de la diversité. C’est cela l’Eglise catholique. Aussi voudrions nous accueillir largement sans restriction. 

C’est touchant de voir que les jeunes, lors des camps, nouent de nouvelles amitiés avec des jeunes différents d’eux. Cette ouverture n’est pas toujours simple, mais elle est essentielle pour nous et pour l’accomplissement du jeune.

Enfin la force de l’Eglise catholique est son accueil des sacrements. Sacrements que nous redécouvrons tout au long du camp : l’eucharistie évidemment, nous en avons parlé, mais aussi le baptême et la confirmation. Plus occasionnellement les sacrements du mariage et du sacerdoce. Le sacrement de la réconciliation est proposé à chaque camp. Une force de Dieu à travers un geste : une belle manière de prolonger ce qui a souvent été vu en caté lors de l’année. 

Comme on le dit souvent : Les camps détente et prière c’est… de la détente… et de la prière !