"La prière n'est pas obligatoire ?"

Ainsi commence l’entretien du supérieur du séminaire un lundi soir. Je ne peux m’empêcher de bondir sur ma chaise. Si la prière n’est pas obligatoire pour la vie chrétienne, comment entretenir notre lien avec Dieu ? 

J’attends avec une certaine circonspection la suite de l’intervention. Il poursuit : “La prière n’est pas facultative”. Piqué et interrogatif j’écoute. C’est soit l’un soit l’autre, ou alors on tombe dans le relativisme ! Puis la conclusion tombe, lumineuse et simple. “La prière c’est vital !”. 

En trois phrases le supérieur du séminaire me fait sortir de l’obligation moralisatrice et du relativisme ambiant pour me centrer sur l’expérience fondamentale de la prière. C’est une question de rencontre, de relation à Dieu, de vie avec Dieu et pour Dieu, de dialogue amoureux.

Cette expérience vitale ne va pas de soi. Nombre de nos contemporains et même de bons chrétiens semblent vivre très bien sans avoir ce temps de rencontre tous les jours dans leur vie. Ainsi, je mange un jour chez une jeune du groupe de prière que j’anime, c’est très sympathique.   

"Pas assez de temps pour prier ?"

Entre la poire et le fromage, je lui parle de la prière et je m’inquiète, puisqu’elle vient à un groupe de prière, si elle n’a pas trop de difficulté à prier au quotidien. A ce moment de la conversation, je suis encore confiant. Mais là , elle rétorque : 

 - “Ah non, mais le groupe de prière, c’est ma prière de ma semaine, et de toutes les façons je n’ai pas le temps pour en faire plus”. 

A cette réponse ferme et sans recours possible, je me risque tout de même : 

 -Peut-être faut-il commencer par 5 minutes ou même 3 minutes de silence en lisant l’Evangile du jour”. 

Mon essai échoue dans un silence réprobateur du genre : 

 -On voit que vous avez le temps !”. 

Je sors rassasié, mais déconcerté. Combien de fois ne me suis-je pas retrouvé dans cette situation, mon choix de vie leur fournissant l’excuse pour se mettre en retrait : l’apprentissage au séminaire, l’appel de Dieu, le célibat assumé pour Dieu et donc mon état clérical, bref toutes les conditions... Facile !

3 minutes pour tout changer

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Un an après, cette personne est venue me voir, sans du tout m’avoir parlé de ce sujet entre-temps : 

 - “Vous savez, notre conversation m’a marquée lorsque vous êtes venu manger chez moi”. 

 - “Ah oui ?” 

 - “Ma vie est la même depuis un an, je fais exactement les mêmes choses, et pourtant, j’ai mis en place 3 minutes de prière quotidienne dans ma vie, et je puis dire que j’ai changé de cap, j’habite tout ce que je fais autrement, c’est beaucoup plus unifié.


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Prière de ne pas déranger

"La prière n'est pas un grimoire"

C’est étonnant de voir combien quelques minutes peuvent changer une vie, lui donner du sens. La prière n’est pas un grimoire magique qui éclaire d’un seul coup toutes nos problématiques existentielles et décisionnelles. 

N’allons pas non plus y chercher un talisman à bon prix qui peut influencer les ondes divines, mettre de notre côté les dieux, faire tourner le vent en notre faveur. Nous ressemblerions à l’adolescent qui, ne sachant se mettre au travail, finit par faire une invocation aussi rapide que stupide, suppliant que les formules mathématiques entrent dans son cerveau, ou pire encore, quémandant une note minimale pour obtenir son examen et parfois avec une option préférentielle, dans cette même prière, pour obtenir une note maximale.  

A force de recueillir les avis des uns et des autres sur cet exercice, je m’aperçois, que la prière, ce silence orienté vers Dieu, cette rencontre, sans être magique, change la vie, lui donne son épaisseur et sa consistance.

Ainsi la prière est comparable au gouvernail d’un bateau. Une toute petite pièce par rapport à la masse du bateau, mais sans elle, nous n’allons nulle part. Les abandons du Vendée Globe sont pour moitié dus à la casse de cette pièce maîtresse. Sans elle, nous partons à la dérive et nous naviguons au gré des courants, risquant de chavirer au moindre coup de vent un peu plus fort. 

Si Thérèse de l’Enfant-Jésus décrit la prière comme la “respiration de l’âme”, ce n’est pas pour culpabiliser celui qui ne prie pas ou qui ne sait pas rester en silence plus de quelques secondes, pour dénoncer la mère de famille submergée par l’incessant vacarme des enfants qui s’ajoute à son travail, ni même pour couper l’élan de l’homme rendant service avec dévouement et énergie. Elle dit cela parce que c’est vrai. 

"Alors entrons dans un chemin d’apprentissage..."

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